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Mercredi 31 octobre 2007 3 31 /10 /2007 11:00
- Par Pascal Schmitt

Dessin de Florian - Cliquez pour une version agrandie sur son site Article paru dans LUPO'flash Novembre 2007

J'ai intitulé un article dans LUPO flash de Janvier 2006: "La démocratie sera vôtre ou ne sera pas". Deux ans plus tard qu'en est-il de cet appel ? 

Les choix de la candidate du parti socialiste à l'élection présidentielle, Ségolène Royal, ont mis en lumière des avis très divers sur le sujet. Que n'a-t-on dit sur l'incompétence de cette candidate qui était, d'après ses détracteurs, obligée de demander leur avis aux gens. Nous avons pu tristement constater que les -dits détracteurs n'étaient pas que des opposants de droite ! Pour autant, ce ne sont pas les français qui ont rejeté la démarche, mais les notables à qui on volait leur pouvoir.  

La république des notables

"Les notables sont, au sein d'un groupe social, des personnalités d'un rang supposé important, destinées à avoir un ascendant particulier et une influence prépondérante sur les autres membres de la société". 

L'actualité politique est aux élections locales (municipales et cantonales) en 2008. Les municipales sont l'occasion pour les califes de conserver leur califat et pour les iznogoud's de rêver d'être calife à la place du calife. Ils y a aussi les vizirs moins courageux pour affronter le calife qui se contenteront d'une place de grand-vizir. Il ne s'agit pas ici de jeter l'anathème sur les légitimes envies de prise de responsabilités, mais de s'assurer de la légitimité populaire des ambitions personnelles. On ne peut malheureusement que constater l'extraordinaire imagination des leaders en place pour contourner l'esprit des règles démocratiques dans le but d'asseoir un peu plus leur notabilité. Il semblerait que seul un âge très avancé puisse bousculer un élu, car même les détournements de fonds ne semblent pas affecter leur influence (voir les victoires de Mancel ou Balkani aux législatives 2007). On peut donc comprendre que pour accéder à cette notabilité, certains soient prêts à s'affranchir de quelques principes démocratiques. 

Tous pourris ? NON !

Les notables ne constituent pas l'essentiel des forces politiques françaises pas plus que les patrons ne constituent l'essentiel des forces économiques. Les militants, les sympathisants et même, tout simplement, les électeurs ont la capacité de prendre ou reprendre leur destinée politique en main. Travaillant au sein de l'association Désirs d'avenir (fondée par Ségolène Royal), je voudrais partager avec vous quelques extraits de notre projet de création d’un observatoire des pratiques participatives au sein même de l'association.  

En effet, Désirs d'Avenir n’est pas un club politique, structure par essence fermée. Au contraire, son avenir n’est-il pas d’être un lieu pivot du mouvement social, associant réellement les citoyens dans l'élaboration d'un projet politique, puis, en cas de victoire électorale, de contrôle de la concrétisation de ce projet politique (au-delà de simples jurys citoyens composés par tirage au sort ou par panel représentatif), le lieu de « la parole citoyenne libérée, contre la voix de son maître » […] 

Ne faut-il pas inventer, en France, un métissage institutionnel entre démocratie par délégation et démocratie par participation (car ces systèmes démocratiques, s'ils ne sont que par délégation ou que par participation, peuvent conduire à des déviances et à leur caricature). En France, le citoyen délègue sa capacité de décider à l'élu, sans contrôler cette délégation avant l'élection suivante; élu qui, soit pense posséder l'expertise des sujets traités, […], soit qui se défausse sur les experts/techniciens qui ont alors le pouvoir, […]. 

Pour se faire, nous devons repérer, analyser et développer des méthodologies efficaces et démocratiques de développement de l'expression et de l'écoute de cette parole citoyenne libérée, ainsi que de facilitation de la prise en compte (par les différents niveaux de pouvoirs politiques) de cette parole, grâce à la détermination de préconisations citoyennes (les méthodologies retenues pour les débats participatifs doivent être respectueuses des valeurs républicaines et démocratiques que nous défendons et non des caricatures de démocratie participative) : la création d’un observatoire des pratiques participatives des comités locaux de Désirs d’Avenir nous permettra d’être efficace à ce propos.

 

Un clin d'œil aux internautes Lupoviciens pour finir. Cet article est intitulé www.placedesnotables.com en référence à un site internet qui renvoie à la fois les municipales et Saint Leu d'Esserent: www.placedesmarchands.com (si le site devenait inaccessible, j'en ai conservé quelques extraits)
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Commentaires

Billet intéressant. Il est vrai que chaque forme d'expression de la démocratie présente des avantages et des inconvénients... La démocratie directe n'est pas possible quand la circonscription est très vaste et il est vrai qu'elle n'est pas dénuée de dangers quand l'hystérie s'empare des foules. 

On peut dire la même chose des "régimes d'assemblée" où l'exécutif est otage du législatif, les décisions étant prises dans la précipitation et, là encore une forme d'hystérie collective (du moins en apparence parce qu'en pensant notamment à la Terreur, on trouve quand même une solide organisation - préfigurant peut-être le régime des Soviets ?).

Quant à la démocratie représentative, sans doute plus "sage", elle doit être amendée, et pas seulement sur le papier mais dans les faits et la pratique. Il ne suffit pas de clamer "démocratie participative", encore faut-il que l'instrument soit effectivement mis dans les mains des électeurs et militants de base.

Un exemple : en 1997 la 7ème circonscription du Val d'Oise a été conquise par le PS associé aux Verts. Yves Cochet a instauré des réunions de citoyens. Je n'ai pas eu l'occasion d'y participer mais j'ai entendu ce qu'en rapportaient les copains du PS. Rien de changé sous le soleil, ce fut une tribune de plus pour tous les élus du Val d'Oise. Je pense que le militant lambda était présent pour faire nombre et que ce qu'il pouvait dire ou avoir à dire ne comptait guère. Du coup, cela ne m'a pas donné envie d'y aller, quitte à passer quelques heures à discuter, autant que ce soit avec des amis, autour d'un apéro ou d'une bonne bouffe.

Bien entendu, l'idée des "jurys citoyens" proposés par Ségolène Royal a déclanché un tollé de... sarkonneries comme de toutes façons, à peu près tout ce qu'elle a dit... Impossible de ne pas y voir une accumulation de mauvaise foi ! sans compter bon nombre de "barrissements" aussi injustes qu'intempestifs... mais que ces "zéléfans" qui ont si bien savonné la planche pour faire trébucher la candidate des militants n'oublient pas que nous pouvons avoir une sacrée mémoire ! et que l'on saura à l'occasion leur rendre un chien de leur chienne en votant "avec nos pieds"... comme eux les ont si bien traînés pendant toute la campagne.
 
Il n'empêche, dans tous les cénacles où l'on réfléchit un tant soit peu à l'exercice de la démocratie (je pense notamment aux Amis du Diplo) on achoppe toujours sur le même problème :  comment éviter qu'un parlementaire (ou n'importe quel élu) se conduise comme si entre deux élections il était le propriétaire des voix de ses électeurs ?
Déjà, je suis assez en colère quand j'entend tel ou tel responsable socialiste dire : les socialistes pensent cela... Des fois, c'est vrai, le résultat d'un large consensus. Mais pas forcément et je m'insurge contre cette prétention qu'ils ont à dire ce que nous devrions penser ou suivre (pas une tête qui dépasse ? même pas dans leur rêve ou alors c'est un cauchemar stalinien...). De toutes façons, à ne pas sentir ce que veut vraiment le peuple, leur électorat naturel : les ouvriers (ce qu'il en reste), les employés, la kyrielle de "working poors", les classes moyennes, etc... on a vu ce que cela donne : la superbe déculottée de Jospin en 2002 (c'est sans doute pour cela qu'il est si mesquinement mauvais à l'égard de Ségolène ! comme son compère Allègre - non tropo ! - qui a un si flamboyant bilan à l'Educ-nat qu'on se faisait copieusement agresser sur les marchés par les enseignants en colère) et la victoire du "non" au référendum.
Je ne sais pourquoi le terme de "jury" a été pris dans son acception la plus étroite (judiciaire) comme si les citoyens n'étaient envisagés qu'en tant que "coupeurs de têtes"... C'est oublier (c'est la saison) qu'ils peuvent décerner des prix (littéraires) et tous ces responsables politiques qui ont commencé leur existence à l'Ena, Sciences-Po et les concours administratifs voudront-ils nous faire croire qu'ils n'ont jamais affronté des jurys (Grand O de l'Ena et jurys des concours) ?
Mais ils préfèrent les amalgames (surtout non dits !) entre démocratie participative, jurys populaires (c'est peut-être le fait qu'ils soient plus populaires qu'entre soi) et quasi "procès de Moscou (où le peuple, pas plus qu'à Pékin, n'a eu beaucoup de part aux décisions).
Sans rien dire des nouveaux "Gracques" qui s'estiment investis d'une mission parce qu'ils ont été très hauts fonctionnaires dans des ministères socialistes. Tout ça pour nous imposer, comme allant de soi, tous les avatars de l'ultra-libéralisme rebaptisé "de gauche"... Ils n'ont aucune légitimité à parler en lieu et place des socialistes. Mais ils sont bien le reflet de ce dont nous ne voulons plus : la confiscation du pouvoir.
Commentaire n°1 posté par Kamizole le 07/11/2007 à 04h21
Merci Katherine (car je pense que c'est le prénom qui se cache derrière Kamizole) de tes contributions toujours approndies.

C'est vrai qu'il ne faut pas jeté le bébé avec la glace du congélateur. La démocratie représentative est malade parce qu'en fait elle n'est plus représentative. Ni au moment de l'élection ni au fil de l'exercice du mandat. On est bien loin du "deputy" portant les cahiers de doléances aux états généraux ... puisqu'il n'y a plus de collecte des doléances. Et donc, pas ou peu de compte-rendu de mandat sur ces doléances ... puisqu'il n'y a plus de doléances collectées.
J'interprète ici le terme "doléance" en "douleur exprimée" (je n'ai pas trouvé l'éthymologie de doléance en recherche rapide sur le net) et non en récrimination / plainte / ... comme on peut souvent le vivre en réunion de quartier, qui est la cellule de base de la démocratie participative.
Si nous arrivons à sortir des réunions de quartier avec les vrais douleurs des habitants (ce qui suppose que tous ceux qui souffrent trouvent la place et la possibilité pour les exprimer) nous aurons fait un premier grand pas pour redonner un sens à la démocratie représentative ... c'est la phase participative. Et tant qu'on y est, on se s'arrêtera pas aux douleurs, on collectera aussi les contributions, idées de solutions, etc ...
Le deuxième grand pas de la démocratie représentative sera de porter l'expression des habitants au sein des assemblées des collectivités territoriales, de la municipalité jusqu'à la nation. Là il ne s'agit plus de porter ses idées, mais celles que les habitants ont confié.
Le dernier pas est de rendre compte aux fameux comités de quartier des solutions ou absence de solution qui ont été apportées suite à leurs doléances ou contribution. C'est la phase de compte-rendu et d'écoute critique.
Finalement, c'est une technique qu'on emploie souvent dans le domaine commercial: Connaître les besoins des clients (en particulier leurs épines dans le pied); Proposer et rendre des services répondant à ces besoins ou soulageant leurs difficultés; Mesurer leur satisfaction pour améliorer sans cesse le service rendu.
A suivre ...
Commentaire n°2 posté par Pascal Schmitt le 07/11/2007 à 10h31

oui, c'est bien katherine...

Comme j'ai le Robert à portée de main, j'ai vérifié, doléance vient bien de doleo (souffrir), même racine que douleur (dolor). Je pensais exactement aux cahiers de doléances quand Ségolène Royal et d'autres socialistes tenaient les forums participatifs. Mais c'est trop pour tous ceux qui "pensent pour nous"...
Bien sûr, exprimer les souffrances (pas à la manière de Sarko et sa "France qui souffre" : il l'a tellement bien entendue qu'il en a rajouté des couches !) et qu'elles soient entendues. La fédé du Val d'Oise à l'époque de Manuel Valls était aussi autiste que Jospin. Pourtant, nous les militants de base on connaît les difficultés, les nôtres et celles dont nous parle la population quand on distribue les tracts sur le marché !
Mais aussi les propositions et l'enthousiasme qui peut naître. Et sur le plan local ou loco-régional on peut aussi connaître et régler les problèmes qui se posent au quotidien sans avoir à passer par Paris.

Commentaire n°3 posté par Kamizole le 07/11/2007 à 13h16

Pascal,

Tu as entiérement raison sur la description orientale que tu donnes de la politique locale.

C'est d'ailleurs la description de la politique en générale.

Mais hors contexte politique , il y a des personnes , ça exsiste ,qui oeuvrent uniquement pour le bien de la collectivité sans rêve de puissance ou de gloire personnelle , juste pour le bien de la collectivité....oui ça exsite encore.

Concernant les Iznogoud's , je te rappelle qu'Iznogoud est vizir tous ceux qui prétendent etre calife à la place du calife ne sont pas vizir mais juste pour certains à peine serviteur et encore.....( je pense surtout à un homme chauve qui essais de monter sa liste) , comme le bon "Dilat Laraht" serviteur d'Iznogoud.

Mais il manque dans ton énumération, de personnes souhaitants accèder au pouvoir , les Izgoud's (pas nogoud) patients qui savent attendre leur heure pour le bien de la collectivité.

Amicalement

Philippe

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Commentaire transmis par email

Commentaire n°4 posté par Philippe le 12/11/2007 à 10h13

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